L’histoire locale révèle l’existence de plusieurs moulins à vent à Courcelles-les-Lens avant la REVOLUTION FRANCAISE. Cette présence est signalée dans les vieux documents de cette époque "les centièmes" et les "vingtièmes" nous confirmant l’existence même de plusieurs moulins différents selon leur usage.
Le vieux cadastre de 1829 dont la lecture est pleine d’enseignements et riche d’un contenu méritant réflexion et recherches n’est pas sans signaler l’intérêt de la position du vieux moulin de notre commune.Il est même assez remarquable de constater des orthographes bien différentes, le substantil étant tantôt au pluriel "aux moulins" tantôt au singulier "au moulin". Les textes du 16ème siècle relatent l’existence d’au moins deux moulins à vent bien différenciés selon leur usage : l’un à "moudre le bled", l’autre à "moudre le bled et à tordre l’huile".
La situation du vieux moulin n’est pas sans mériter quelque explication concernant sont implantation. Pour le comprendre, il suffit de mieux connaître l’évolution de notre village artésien dont la création remonte sans doute au II ou IIIème siècle.
Les Lieux dits tels que "les champs du jardin" "le moulin" indiquent sans conteste une priorité agricole et une proximité de l’habitat. L’altitude favorable par rapport à la zone habitée, le choix d’une légère butte, la plaine balayée par le vent, ne pouvaient que faciliter une telle construction et plus particulièrement le fonctionnement de ce moulin. Il faut se rendre compte que la situation actuelle, l’extension de Courcelles-les-Lens vers la Nationale 43, ne saurait expliquer ce fait qu’il convient de replacer dans un contexte précis en rapport avec les exigences du moment et ses nécessaires besoins.
Construit dans la plaine, s’il ne se trouve pas placé sur une motte importante, ou une élévation de terrain plus caractérisée comme c’est souvent le cas, sa position n’en est pas moins remarquable dans une plaine passablement ventée.
Unique survivant d’un passé respectable, il n’offre plus qu’une misérable carcasse de pierre que le tempsachève de ruiner. Un rappel historique n’est pas sans nous obliger à une courte incursion dans cette féodalité que nous connaissons bien mal.
La seigneurie de Courcelles-les-Lens était composée de cinq fiefs et le premier d’entre eux était defini de la manière suivante :
Le premier des cinq fiefs contenait trois coupes faisant chef-lieu de la seigneurie de Courcelles-les-Lens située sur la place du Pré tenant à la Motte Rollancourt en un four banal démoli depuis longtemps, en un moulin à vent tenant d’une part au chemin allant à Flers et de l’autre à celui allant à la GRANDE TURELLE.
Le dénombrement des terres du marquis de Florennes attestait également l’existence d’un moulin situé sur une motte contenant cinq quartiers de terre.
Le cadastre de 1760 divisé en 9 cantons, dont le canton de "Pourchaux" ou "Pourcheau" l’orthographe étant très inégale à cette époque, signale dans la délimitation de ce dernier la précense du moulin en 1760.
Ce canton du "Pourchaux" était borné
au levant : par le terroir de flers
au midi : par le vieux chemin de Noyelles à Douai
au couchant : par le chemin de la GRANDE TURELLE au Moulin du lieu
au septentrion : par le chemin du moulin à Flers
Nous retrouvons également dans les registres de délibérations du début du 19ème siècle ainsi que dans les archives datant de la Révolution des précisions très intéressantes.
En 1789, Courcelles-les-Lens possédait deux moulins :
Le premier, c’est à dire le moulin actuel, était "un moulin à usage de moudre bled" et construit sur une couple de terre affermée à Jean-Baptiste Fleury moyennant la somme de 197 livres 10 sols. Ce moulin appartenait à Jean-Francois Bonduelle. Il n’était pas banal.
En 1779, il était la propriété de Veuve Antoine Lefebvre qui payait pour le plein centième 9 livres 12 sols 7 deniers.
En 1790, il appartint à Philippe Lancelot. Le questionnaire de 1790 nous indique également que le dit moulin fut bâti sur un arrentement d’une couple de terre appartenant à Monsieur Marescaille, conseiller au parlement de Douai, ex-seigneur de Courcelles.
Le second moulin était "un moulin à usage à moudre le bled et tordre l’huile" ; ce moulin qui n’était pas banal appartenait aux Moulart, fermiers du "chapitre Notre Dame de Cambrai". Son revenu était en 1760 de 290 livres.
Au début du 19ème siècle, ces deux moulins existaient encore. Ils étaient estimés à 120F l’un.
Le plus important fut sans doute le premier, c’est à dire celui que nous possédons encore actuellement. Sa position géographique lui valut d’être souvent mentionné dans les divers registres ne serait-ce que comme repère : "Chemin de Lory au Moulin", "chemin de l’alouette au Moulin".
Le moulin Moulard disparut au début du 19ème du siècle. Quant au premier, il cessa de tourner en 1903. Les ailes furent enlevées pendant la guerre 1914-1918.
Courcelles-les-Lens, occupée alor par les Allemands ne fut pas épargnée. L’armée ennemie qui avait notament monté une pièce d’artillerie sur rail semble s’en être servi comme poste d’observation pour diriger les tirs d’artillerie. C’est sans doute ce qui explique qu’un obus d’assez gros calibre atteignit le vieux moulin et le traversa de part en part.
Ajoutons également qu’il convient de comprendre l’importance qui était accordée aux moulins et la nécessité de mieux connaître les impérieux besoins d’une époque dominée par les travaux agricoles.
Au début du 19ème siècle, on cultivait deux sortes de blé "le blé d’hiver ou hivernage" rt "le blé de mars ou trémois", le maïs étant alors appelé "blé de Turquie".
Le terme "bled" que l’on trouve dans "moulin à bled" était le terme générique donné à tous les grains qui étaient semés pour la nourriture des hommes et des animaux et parmi eux : le froment, le locquart, le seigle, le méteil, (moitié froment, motié seigle), l’orge, le soucrion, le sarrazin ou blé noir, l’avoine. C’était d’ailleurs le nom générique de "bled" donné à tout grain confié à la terre qui fut à l’origine des mots suivant : emblaver (semer), "deblayer" (moissonner),blairie (faculté qu’une personne seule avait de faire âître les bestiaux dans les terres nouvelles), blatiers" vendeurs et meneurs de grains), aujourd’hui épithète péjorative employée pour qualifier une personne dont la tenue vestimentaire est relachée.
De même, il faut savoir que les moissonneurs étaient payés en grains et que les paiements étaient proportionnels aux récoltes, leur rôle étant de faucher, ramasser, mettre en gavelle. Les batteurs de grains étaient également payés en grains ou 10 à 15 centimes par hl de grain battu. L’invention du manège diminua, par la suite, le prix du battage.
Il est bon d’ajouter que l’existence du moulin à usage de "tordrel’huile" s’explique par le fait qu’à Courcelles-les-Lens la culture du lin était importante, l’étude des métiers sous la Révolution permettant de constater l’existence de plusieurs marchands de lin. Ce lin dont le rouissage se faisait dans le marais de Courcelles-les-Lens n’était pas sans polluer l’eau et plus particulièrement celle du courant BRUNEL. Très actif sous la révolution, le commerce du lin disparut progressivement dans la première moitié du 19ème siècle et c’est ce qui explique également la disparitionplus rapide du moulin à tordre l’huile qui traitait avant tout les grains de lin.
Enfin l’existence des moulins, plus particulièrement des ouvriers y travaillant, n’a pas été sans influencer la constitution de certains patronymes locaux comme Meunier, Monnier ENVENT. Une étude de l’apparition des noms propres permet, en effet, de constater comment s’est constitué le mot "ENVENT". D’abord N’ENVENT sous la révolution, il devient ENNEVENT pour prendre sa forme orthographique définitive ENVENT. Ce même phénomène de contraction a été étudié pour d’autres noms. DEMONT notament venant de D’MONT (qui habite près d’un mont) qui est devenu DEMONT quelquefois EDMOND dans le Saint Polois.